Review – Les frères Sisters

Audiard vers l’inattendu

J’ai découvert son dernier film en voyant sa bande annonce il y quelques semaines avant une projection. La bande annonce m’a de suite intriguée : un western, Jacques Audiard, un casting 3 étoiles… J’ai directement eu envie de découvrir ce qu’il se cachait derrière ces quelques minutes de bande annonce très prometteuses. Ne pouvant pas y aller le jour de sa sortie, je m’y suis rendue le jour suivant pour découvrir ce film. Et verdict en sortant de la salle : je suis assez mitigée face à ce film… L’image et la mise en scène m’ont en globalité plu, cependant la narration a de grosses lacunes à mon sens, et cet avis est partagé avec d’autres retours à chaud que j’ai entendu à la sortie de la salle.

 

 

Un frenchi au far west

Le pari est assez osé pour un scénariste, réalisateur français, de traiter un sujet comme celui-ci se passant pendant la ruée vers l’or, qui n’est ni notre histoire ni notre culture, donc se l’approprier pour la mettre en image peut être risqué. J’ai trouvé ce pari plutôt bien relevé dans la création de l’univers, par les choix des lieux (les plaines à perte de vue, et montagnes sont moteurs de très beaux plans), les décors sont plutôt bien réussis et ne font pas carton-pâte à deux francs six sous. Les costumes viennent eux aussi, dans l’ensemble, ajouter un réalisme à cet univers. Je trouve que dans son ensemble le film respecte bien l’univers du western.

L’esthétique et la mise en scène, sont le point qui m’a plu dans le film. J’ai trouvé l’image bien travaillée, que ce soit les scènes de jour ou de nuit dans lesquelles il y a des beaux jeux d’ombres et lumière. Il y a une mise en valeur de la nature entourante bien gérée. Il y a cependant quelques plans qui m’ont dérangée, n’allant pas avec le reste de l’esthétique et de la mise en scène, l’un d’eux faisait d’ailleurs sortir du film à mon sens, ce qui est regrettable. Je pense notamment à un plan qui intervient lors d’une nuit en forêt et qui décrit le cauchemar d’Eli, je trouve cette séquence assez confuse, sans liens avec le reste, que ce soit narrativement ou visuellement, et c’est un plan de violence non utile à mes yeux. D’autres plans (2/3 plans) dénotent aussi du reste, certains avec des bordures flottantes noires et l’un dans la totale pénombre avec Charlie parlant regard caméra. Hormis ceux-là, le reste se tient bien, on a un rythme qui ne laisse pas trop place à l’ennui, bien qu’une forme de routine s’installe : chemin la journée puis arrêt dans une ville puis nuit dans les bois, mais ce n’est pas trop gênant.

 

 

Le choix du casting est très bon, nous avons un panel d’acteurs venant soulever le film, je souhaite souligner le jeu de Joaquin Phœnix absolument incroyable ! C’est un acteur envers qui j’ai beaucoup d’estime, il a une palette de jeu assez large qu’on a pu voir dans des rôles assez divers, et à chaque fois nous remarquons une justesse du jeu et une plongée dans le personnage totale. Que ce soit dernièrement dans Don’t Worry He Won’t Get Too Far on Foot de Gus Van Sant, ou A Beautiful Day de Lynne Ramsay, en passant par Her de Spike Jones, Two Lovers de James Gray, où dans les premières images du prochain Joker de Todd Phillips… à chaque fois nous pouvons observer un jeu très précis. Et ce film ne manque pas à l’appel !

 

 

A ses côtés nous trouvons Jake Gyllenhaal, John C.Reilly et Riz Ahmed, avec des jeux tout aussi maîtrisés. Bien que nous ayons un très bon casting, j’ai trouvé les personnages pas assez travaillés, surtout pour les personnages de Charlie et Eli, dans le sens où pendant les 3/4 du film, ils ont comme une carapace sur eux qui nous empêche de réellement les connaitre, nous avons peu à peu des informations sur leur relation, leur passé, mais très peu. Cela empêche la création d’une empathie et d’un lien envers eux, dû à une distance qui se créer. C’est vers la fin du film que nous approchons plus l’intérieur de ces personnages, et que leur psychologie prend plus de relief, nous offrant de très belles séquences, mais ce rapprochement aux personnages tardif rend la séquence finale un peu trop en décalage à mon goût, car d’un coup nous sommes dans une émotion directe, dans l’intimité des personnages, chose à laquelle nous n’avions pas été habitués auparavant, et ce n’est pas aussi impactant que ça aurait pu l’être. Cependant, j’ai trouvé ce duo intéressant avec ce décalage entre Eli, très sensible, et Charlie se comportant tel un enfant, par son comportement, sa façon de parler, d’interagir avec les autres… Et Joaquin Phoenix arrive à bien montrer la complexité de Charlie entre sa part de guerrier qui fait le dur VS l’enfant qui reste en lui, qui se déguise, se cache, se fait couper les cheveux par son grand frère… Je trouve dommage que cette relation entre les deux frères ne soit pas assez poussée, car il y avait matière. Le duo Morris et Warm fonctionne lui aussi très bien, et a une évolution assez intéressante, et apporte le côté humain, émotion. Ce duo était porteur d’un message mais pas assez mis en avant.

 

 

Le problème principal que je trouve au film est son histoire trop légère, nous avons une dramaturgie qui manque de relief et d’actions, nous n’avons pas assez de nuance dans la narration et ainsi nous avons l’impression d’observer seulement le chemin des deux frères qui exécutent ce qu’on leur demande. Nous n’avons pas des objectifs et enjeux très clairs, assez marqués, ce qui peine la dramaturgie. Cela est regrettable car autour tout était présent à l’appel pour donner encore plus d’envergure au film.

Il y a quelques scènes assez violentes, dont une que je n’ai pas pu regarder qui était assez dure et réaliste. L’esprit de combat, de tirs est bien réalisé, notamment dans la séquence d’ouverture.

C’est donc assez mitigé que je suis sortie de cette séance, avec d’un côté l’esprit d’un film bien réalisé, avec un univers bien en place, un casting qui porte le film. Mais de vraies lacunes au niveau de la narration, qui m’ont donné l’impression de regarder le parcours de personnages, avec un chemin assez lisse, un peu trop facile, sans enjeux assez marqué et sans message fort. Cela se joue sur quelques détails, ce qui rend frustrant le film car il passe de peu d’être un très bon film.

Quel est le film de Jacques Audiard qui vous a le plus marqué ?

Bécots ! Pauline xxx



2 thoughts on “Review – Les frères Sisters”

  • Très bonne critique ! Je me lancerai quand même tenté par le film pour me faire mon propre avis. Perso mon Audiard préféré c’est Un Prophète !

    • Merci ! Oui je te conseille de le voir, c’est pas tous les jours que l’on trouve Jacques Audiard dans ce genre ! La scène de la lame de rasoir dans Un Prophète m’a énormément marquée !

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